Des légumes au septième ciel

Comme le héros du roman de Jean Giono, Le hussard sur le toit, nourri en vagabondant sur les tuiles de Manosque, en Provence, ce sont les parisiens du quartier de la place des Victoires, dans le 2ème arrondissement, qui pourraient bientôt faire de même. Car un potager de 220 m² de surface agricole s'est installé au sommet du numéro 6 de la rue d'Aboukir, avec des débuts prometteurs : trois mois de soins effectués par les équipes de l'association Veni Verdi, l'un des trois partenaires, amateurs de jardins solidaires (la production est vendue aux riverains, restaurateurs, associations locales), pour une première récolte de 110 kilos de légumes. Les deux autres parties prenantes de ce projet d'agriculture urbaine, la Ville de Paris, propriétaire du toit de l'immeuble, et le distributeur d'électricité, ERDF, dont les agents occupent les locaux, n'ont d'ailleurs pas manqué de se réjouir de ce résultat né d'une convention innovante, incarnant un nouveau modèle économique et social en rapport avec la stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable (SNTEDD) 2015-2020, adoptée par le gouvernement le 4 février 2015.

Mais Paris n'est pas la seule ville à se lancer dans l'agriculture et la distribution locale à faible empreinte carbone, partout dans le monde des initiatives similaires se sont déjà bien développées : à Berlin, avec un système de ferme urbaine en aquaponie, implantée dans une ancienne brasserie et pilotée par une start-up, ECF (Efficient City Farming), qui associe culture de légumes et élevage de poissons : à Londres, avec les agriculteurs de Growing Underground, spécialistes de l'hydroponie, installés sous la ville, dans les tunnels d'un bunker, avec la volonté affichée sur les boîtes de leurs produits de nourrir le futur ; à New-York, dans le quartier de Brooklyn, avec la société Gotham Greens, des fermiers vivants en appartement qui cultivent des légumes et des plantes aromatiques sur les toits de la ville depuis 2011.

Les exemples sont nombreux. D'ailleurs, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) comptabilise à travers le monde 800 millions de personnes pratiquant une agriculture urbaine. Ce qui n'en fait pas vraiment une activité nouvelle, bien que les projets menés le soient, nouveaux, dans leurs intentions et leurs techniques. Et ce mouvement, à la fois familier et innovant, malgré les difficultés et les incertitudes - la culture de légumes-feuilles (salade, endive, chou) et de légumes fruits (tomate, poivron, concombre) ne remplace pas celle des indispensables céréales, trop gourmandes en biomasse pour être cultivées en ville, et que dire du manque de données agronomiques pour évaluer les risques de pollution atmosphérique sur les cultures -, réussit à conserver intact l'enthousiasme de ses pionniers. Des défricheurs qui, en toute discrétion, sont les premiers à rendre visible la mutation écologique de nos territoires urbains.

 

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